L’agrandissement prévu de Roissy équivaut à quatre aéroports Notre-Dame-des-Landes

Aéroport de Paris (ADP) prévoit d’investir 2,4 Mds€ d’ici 2015 pour moderniser Roissy Charles de Gaulle et y recevoir un jour 80 millions de passagers par an, contre 58 millions en 2009. Le sujet ne suscite aucun débat national alors que le transfert prévu de l’aéroport nantais sur le site de Notre-Dame-des-Landes, pour un montant [...]

Aéroport de Paris (ADP) prévoit d’investir 2,4 Mds€ d’ici 2015 pour moderniser Roissy Charles de Gaulle et y recevoir un jour 80 millions de passagers par an, contre 58 millions en 2009. Le sujet ne suscite aucun débat national alors que le transfert prévu de l’aéroport nantais sur le site de Notre-Dame-des-Landes, pour un montant quatre fois moins important, est le marqueur entre les tenants de deux attitudes face au développement depuis les élections régionales.  La surcapacité que Roissy aura en 2015 est  le fruit d’une vision à moyen et long terme assumée, explique dans Le Monde du 5 juin Pierre Graff, président d’ADP : « c’est un choix délibéré car notre conviction est qu’il y aura une croissance du trafic dans les dix prochaines années ». ADP souligne que les aéroports de Londres, Francfort et Madrid ont également des investissements lourds programmés. Rappelons que le projet de Notre-Dame-des-Landes est calibré pour atteindre 9 millions de voyageurs en… 2050.  Il y a donc  deux poids et deux mesures dans le traitement médiatique et politique de ces deux projets.

Déséquilibre Paris province accru

Au-delà, comment ne pas voir que l’hyper concentration du trafic aérien et des activités sur l’agglomération parisienne pose des questions sociétales et environnementales d’une toute autre ampleur que le transfert et l’agrandissement de l’aéroport nantais. Le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes doit aussi, et peut-être d’abord, être examiné à l’échelle nationale. Veut-on accroître encore le déséquilibre Paris province, ou veut-on donner à chaque grand territoire une porte d’accès aérienne au monde ? Faut-il que six millions d’habitants de l’Ouest français soient obligés en 2020, pour aller plus loin que deux ou trois heures de TGV, d’aller prendre l’avion à Roissy ? Les Verts et ceux qui les rejoignent dans ce combat anti-Notre-Dame-des-Landes, souvent décentralisateurs et écologistes sincères, favorisent de facto cette métastase urbaine et économique parisienne, source de pollutions et de gaspillages phénoménaux.

Désarmement unilatéral

Pour occulter cette réalité, ils contestent les prévisions d’augmentation du trafic aérien faites sur le long terme, au nom d’inévitables variations contraires à certains moments. Et beaucoup contestent la nécessité même du développement démographique et économique qui fonde le souhait de disposer d’un aéroport adapté à cette perspective.  Que l’on ait de plus en plus envie de d’habiter l’Ouest ou, lorsqu’on y habite, de voyager hors de l’hexagone, que des entreprises, universités ou labos de recherche  bretons ou ligériens décident d’aller se frotter au monde, d’y trouver des clients, des idées, des cultures ne sont plus dès lors des perspectives heureuses mais des « visions d’un autre âge ».

Il faudrait ainsi que l’Ouest français se désarme unilatéralement face aux métropoles européennes et aux territoires qui investissent pour se développer.  Il faudrait au fond rester entre soi, fermer la porte après les derniers arrivés, et mettre la tête dans le sable.

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