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Philippe Fleury, Pdg de Materiel.net : « Pourquoi subventionner Amazon ? »

Loire-Atlantique  | 28/06/2012

Jean-Philippe Fleury, fondateur de Materiel.net

L'implantation d'Amazon à Chalon-sur-Saône, et surtout le niveau des aides supposées (3 000 ou 4 500 euros par emploi), fait réagir Jean-Philippe Fleury, fondateur de Materiel.net , autre success-story du commerce en ligne, certes plus petite. "Basée à Grandchamp-des-Fontaines, Materiel.net a créé plus de 200 emplois sans avoir jamais sollicité d'aides si ce n'est la création d'une crèche inter-entreprise. Tout en saluant le succès du géant américain, le dirigeant s'étonne des conditions d'accueil qui lui sont faites et plus encore de l'absence de transparence qui accompagne son implantation.

A qui profite cette "opération de communication" ? Et d'ailleurs combien coûte-t-elle ?

Merci à Amazon d'avoir choisi la France pour la 3ième fois. Tout le monde connait déjà cette fabuleuse entreprise et à la lecture de la presse nationale, Amazon le sait et semblerait presque gênée par cette importante communication autour de sa nouvelle plateforme. Amazon semble de toute évidence avoir trouvé un emplacement de choix puisque disposant d'infrastructures autoroutières intéressantes. Amazon a aussi trouvé un bassin d'emploi intéressant, conséquence de la triste disparition d'entreprises précédemment implantées.

Donc pourquoi y ajouter une subvention ? Que les dirigeants en fassent la demande pourra soulever ici ou là des réflexions sur le réalisme du chef d'entreprise "ça existe, alors pourquoi se gêner" (à croire que l'argent tombe du ciel), ou sa morale "ils n'en n'ont pas besoin, pourquoi alors la demander".

Mais qu'on leur dise "oui " quand les éléments prouvent que ce n'est pas nécessaire et en oubliant tous les investissements en infrastructures déjà réalisés n'est il pas encore plus déroutant ?

Qui plus est au moment où on parle d'augmenter encore la fiscalité pour faire vivre un pays dont chacun entend dire qu'il est déjà sous perfusion, n'est-ce pas surprenant ?

Et d'ailleurs quel est le montant de cette subvention ? Ne devrait-on pas être plus transparent quand il s'agit d'argent public ? Alors pourquoi ne pas communiquer la chose officiellement et de manière exhaustive ?

De toute évidence, Amazon n'avait pas besoin de cette subvention. Et se sont-ils engagés à ne pas remplacer les équipes par des robots conçus par la société http://www.kivasystems.com/ dont ils viennent de faire l'acquisition pour ... USD 775.000.000 ?!

Hier encore, Philippe Marini faisait une communication devant la commission des finances sur la question de la fiscalité du numérique et proposait différentes mesures étendant aux acteurs étrangers de l’internet certaines taxes existantes ... dont ils ne s'acquittent pas aujourd'hui.

Amazon était il y a peu et certainement encore en plein contrôle fiscal (http://blogs.lexpress.fr/tic-et-net/2012/02/17/amazon-france-controle-par-la-cnil-et-le-fisc/). Est-ce logique d'apporter son soutien à une entreprise quand, en même temps, on dénonce ce type de pratiques ?

A ce propos d'ailleurs, et cela n'engage que moi, je rappelle qu'Amazon ne fait qu'utiliser les éléments/aides/trous juridiques dont il dispose et j'imagine mal une telle entreprise être hors la loi.

Donc le problème ne porterait-il pas plutôt sur la législation ? Est-il normal de reprocher à Amazon de faire des choix éclairés et de vouloir bénéficier d'un cadre fiscal clair, stable et plus favorable ? Ne doit-on pas s'inquiéter lorsqu'il est de notoriété publique que beaucoup de chefs d'entreprises se disent favorables à l'exil pour lancer une nouvelle entreprise ? Et clairement, ils le font pour avoir une vie plus simple et plus focalisée sur le développement de leur entreprise et de leur business. Sans penser d'abord à une optimisation de leurs hypothétiques gains personnels.

Il ne s'agit pas de se poser seulement les bonnes questions, mais bien de se poser toutes les questions et d'y apporter les bonnes réponses. Est-ce si difficile ? Très certainement lorsqu'on ne regarde que ce qu'on risque de perdre et pas ce qu'on risque de gagner. Conduire en ne regardant que le rétroviseur permet difficilement d'aller de l'avant et anticiper les obstacles. Mais pour cela il faut une vision, une ambition, une bonne dose de courage, de bienveillance, de confiance, de communication voire de pédagogie. Mais surtout, cela demande beaucoup de travail ... et de constance !

Je n'ai pas de référence absolue personnifiée puisque je pense qu'en chacun de nous il y a du bon et que c'est en l'additionnant que nous pouvons espérer atteindre nos objectifs, quels qu'ils soient.

Mais j'ai toujours pensé que dernière une décision qualifiée de politique se cachait toujours une décision difficile à prendre car ne faisant pas de consensus manifeste. Alors seule une autorité "suprême" pouvait prendre cette décision pour le bien du plus grand nombre ; tout en sachant que le bien du plus grand nombre ne signifie pas plus de confort à court terme pour le plus grand nombre, mais bel et bien qu'après une période plus délicate, la situation allait s'améliorer.

Donc si sur les sujets dont on parle, presque tout le monde le sait et le comprends, pourquoi ne le fait-on pas ?

On a le sentiment en écoutant la radio de découvrir qu'avoir des entreprises et des industries est capital pour un pays et qu'il n'est pas concevable de compter uniquement que sur la consommation et l'Etat.

Très bien qu'Amazon ait choisi la France. Très bien de s'en féliciter. Merci encore à eux et bravo pour ce qu'ils ont accompli. Mais ne ferait-on pas mieux de travailler à créer un contexte plus favorable aux millions d'entreprises françaises qui continuent de payer leurs impôts en France, se féliciter d'avoir des champions nationaux et plutôt laisser la communication aux communicants ?

Nous aussi nous avons une équipe jeune et très motivée. Nous aussi nous aimerions qu'une crèche collective soit créée pour les entreprises de la zone d'activité où nous sommes implantés. Cela fait des années que nous le demandons. Et nous en sommes toujours au stade des déclarations d'intentions comme partout ailleurs.

Materiel.net /" target="_blank"> Materiel.net , ce sont aujourd'hui 200 collaborateurs, près d'un million de clients satisfaits, plusieurs dizaines de millions d'euros d'impôts (sans optimisation), taxes et investissements depuis 10 ans... Et 0 € d'aide.

Nous n'en voulons pas car au fond rien ne le justifie. Et nous n'en parlions pas jusqu'ici, comme la majorité des entreprises. Car qui s'intéresse aux entreprises "normales", véritables poumons de notre économie ?"