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Numérique

Nantes, future place forte de la blockchain ?

Loire-Atlantique  | 25/10/17

Pour Sébastien Gouspillou, fondateur de Bigblock datacenter, la blockchain va révolutionner le système bancaire classique.

Tout juste créée, la jeune pousse nantaise Bigblock datacenter prévoit de lever rapidement 8 M€ auprès d’investisseurs individuels pour implanter dans l’agglomération un data center dédié aux calculs de la blockchain, en particulier dans le cadre des monnaies numériques (ou crypto-monnaies) dont le célèbre bitcoin ou encore l’ethereum. Dans le jargon, cette activité s’appelle le minage (« mining ») : elle consiste à valider et enregistrer des opérations via de complexes calculs mathématiques, par exemple des transactions, regroupées dans un bloc, lui-même ajouté à la chaîne existante pour en constituer un nouveau maillon. Nouvelle technologie de stockage et de transmission d’informations « transparente et infaillible » en raison des multiples parties prenantes, dépourvue d’organe central de contrôle, la blockchain, sorte de grand livre comptable universel, trouve des applications dans de nombreux domaines. Une fois enregistrée, l’information est réputée indestructible.

 

Deux associés fondateurs

Le projet de Bigblock datacenter est porté par Sébastien Gouspillou, consultant international exerçant jusque-là dans le secteur de l’industrie agro-forestière verte pour le compte de la société singapourienne Asia plantation capital. Il s’est associé à Jean-François Augusti, à la tête de la société de conseil en informatique Icone consulting à Sautron. Le binôme s’est rapproché de Robert Corby III, un Américain qui a fondé une compagnie similaire, Coinworks, à Odessa en Ukraine. Là-bas, l’unité disposera à la fin de l’année de nouveaux locaux (2 000 m²) qui en feront l’une des plus puissantes d’Europe, principalement dédiée au réseau bitcoin.

 

Modèle économique

En parallèle, les entrepreneurs ont donc prévu d’ouvrir dès fin 2017 un premier data center local sur le site d’Alcatel (Nokia) à Orvault, près de Nantes, au travers d’une entité ad hoc. Elle-même sera détenue par des sociétés clientes réunissant chacune une dizaine d’actionnaires. Quelque 2 000 serveurs ou « mineurs », c’est-à-dire des machines de minage, de type Asic, vendus autour de 3 700 euros pièce, y seront installés, un contrat clé en main comprenant leur maintenance, leur gestion et le partage des gains : les trois quarts seront versés aux propriétaires des équipements, Bigblock datacenter gardant le reste. Ces revenus proviennent de la rémunération de l’activité de minage, 12,5 bitcoins étant distribués toutes les dix minutes à un mineur parmi les centaines de milliers répartis sur la planète, et de frais des transactions garanties. Le bitcoin vaut actuellement environ 4 800 euros, soit un cours multiplié par deux depuis début août et par six en un an.

 

Un symbole pour Cordemais

Mais il ne s’agit que d’une étape intermédiaire : l’entreprise envisage de déménager à l’horizon 2019/2020 à proximité de la centrale thermique à charbon de Cordemais, elle-même engagée dans une conversion à la biomasse : une nouvelle unité d’une puissance de 7 MWh contre moins de 3 MWh à Orvault doit y voir le jour, un projet évalué à 35 M€. L’ambition consiste à ouvrir un « green data center », recourant à une énergie renouvelable fournie par EDF avec valorisation des calories récupérées. Car l’un des enjeux de cette « nouvelle industrie » tient à sa consommation électrique. « Là réside la clé technologique de demain, estime Sébastien Gouspillou. Mais avec la blockchain, c’est un vrai changement de monde qui est proposé. Elle propose ni plus ni moins de disrupter le modèle bancaire classique. L’invention est au moins aussi fondamentale que l’ordinateur personnel et l’Internet. »

Sébastien Gouspillou présente Bigblock datacenter jeudi 26 octobre (19 h) au CCO à Nantes.

Jacques LE BRIGAND

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